Début d’année et TEP Scan FINAL

Je voulais d’abord remercier mes amis qui ont été présents pour fêter avec moi mon 25ème anniversaire.

Ca m’a fait extrêmement plaisir de vous revoir et d’être entourée et de sentir tout ce soutien et cet amour de votre part. J’aurais aimé que la soirée dure assez longtemps pour que je puisse vraiment partagé avec chacun d’entre vous mais j’espère qu’on rattrapera un moment très vite plus spécifique à nous!

Au final, la soirée s’est terminée vers 3h30 du matin grâce à une bande de joyeux lurons qui voulaient marquer le coup et m’aider à tout débarrasser (Alleluhah j’aurais pas pu faire tout moi-même ).
Lendemain, réveil de bonne heure et dernier partiel de 3 heures.
WOW, j’ai bien cru que j’allais pas y arriver mais en principe, je pense que c’est bon! De toute façon, pas de regrets !

Puis c’était le retour dans le sud voir les parents pour les fêtes de fin d’année!
Nouvel An, ca a été assez particulier pour moi. Un moment suspendu dans le temps car oui, je me trouvais exactement au même endroit il y a un an et avec les mêmes personnes et cela m’a fait assez bizarre. De savoir tout ce qui s’est passé entre temps. En 1 an.

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Alors passer minuit et tous les voeux et embrassades des gens, je n’ai pas pu retenir mes larmes. C’était de l’émotion pure. Je pense que j’ai réalisé la chance que j’ai d’avoir le droit à une nouvelle vie. A fêter cette nouvelle année et ca m’a rempli de larmes de joie et d’épreuves.
J’aime cette citation qui dit:

« Les gens ne pleurent pas car ils sont faibles mais car ils ont été forts pour trop longtemps. »

Je me suis alors un peu cachée car je ne voulais pas qu’on me voit pleurer et mettre les gens inconfortables dans un moment de célébration! Surtout que je suis la première à dire que peu importe la douleur et la difficulté, c’est important de célébrer, de recharger ses batteries avec des moments de joie et de se rappeler pourquoi la vie est belle et combien on a de la chance.

Une personne est venue me réconforter ce soir là et cela m’a beaucoup émue! Car de toutes les personnes, c’est celle qui a le plus souffert de cette maladie dans son entourage qui est venu me prêter une épaule et me dire quelques mots de courage et d’espoir. Elle qui a vécu la plus inimaginable des douleurs: perdre un enfant du cancer et qui pourtant était là pour trouver les mots.

Alors je voulais dire que je dédie ce post à Alexandre, que je n’ai pas eu l’honneur de connaître mais à qui je pense bien souvent.

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Début Janvier, je suis donc revenue à Paris. Cette fois pour formellement emménager, j’ai donc du acheter et équiper le studio qui était vide de tout.
Je m’excuse si je ne vous ai pas contactez encore ou pris le temps de vous voir.

Je ressens comme un vide d’énergie ces derniers temps. Je pense que je me suis tellement donné dans le combat, et l’envie de continuer à vivre malgré les traitements que j’ai entamé ma réserve jusqu’au point zéro.
Moi qui aime normalement être entourée et qui suis une pile électrique, j’ai ressenti ce besoin de m’isoler un peu et de me reposer. Non pas de déprimer mais de me retrouver un instant avec moi-même et de faire le point.

Pour être honnête, ces quelques-jours seuls n’ont pas été archi-faciles.
Il m’a fallu vaincre mes angoisses, mes peurs.
Imaginez-vous, cela fait 6 mois que je suis chez mes parents, assistée tout au long de la journée par mon papa d’amour qui est médecin et sait exactement ce qui est normal ou pas. Je me sens donc dans mon petit cocon de sécurité et de confort. Et là je me retrouve seule. BAM.
De plus, les gens ne sont pas au courant que je suis de retour à Paris et j’ai donc beaucoup de temps pour moi et en tête à tête avec moi-même.

A quelques reprises, j’ai fais des petits « malaises » où d’un coup, toute l’énergie de mon corps s’est vidée et je me suis sentie vacillée. J’imagine que cela m’a fait peur. Je me suis dis que c’était peut-être pas normal de ressentir un coup de fatigue et faiblesse aussi violent alors je paniquais. Surtout que je n’étais pas chez moi. Ce qui entraînait ma respiration qui se bloquait et la sensation que ca y est, c’était la fin.

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Comme je dis, ca n’a pas été facile. J’ai même été voir ma gentille tante pneumologue qui a pris le temps de m’examiner et me donner des conseils et du réconfort, elle qui connaît bien les effets de ces traitements fatiguants.
Puis j’ai fini par comprendre que c’était un processus normal, qu’il me faudrait du temps pour retrouver la forme à 100% et j’arrive à présent, plutôt pas trop mal à empêcher ces pensées angoissantes et à stopper la crise d’angoisse quand elle commence.

Voilà, j’ai réussi à vivre seule. Youhou! On se rend pas compte à quel point ce truc logique et normal peut être une épreuve quand on sort de la maladie.

Jeudi 19 Janvier,

J’ai RDV avec mon hémato pour le TEP scan final. Ca y est, le jour J est arrivé. Je dirais que je me sens plutôt confiante car je sais que même si je me sens vidée d’énergie, je me sens beaucoup mieux qu’avant les traitements. Quand je me lève les matins, je sens que ma tête est claire et aérée. Toute la différence!
Après 10 heures de jeun, 1 heure d’injection de produits radioactif et 15min de scan, je rejoins mon hémato qui m’annonce la bonne nouvelle:
FIN DES TRAITEMENTS et RÉMISSION !

Mon prochain RDV de suivi est dans 4 mois avec un bilan cardiaque aussi. Ouah, ca fait du bien quand ca s’arrête!
Je discute du port-à-cath et il me propose de l’enlever directement. Je suis soulagée.
Je prends donc un RDV dès que possible, càd le 7 mars. Le port-à-cath tire sur la peau et ca reste un corps étranger.
L’hémato est d’accord que l’enlever m’aidera à me faire tourner la page et me sentir « guérie » à présent. 

Je demande s’il y a des bonnes habitudes à prendre ou des facteurs de risques que je dois garder en tête pour les rechutes. Il me dit que non. Que je devrais reprendre ma vie comme je l’ai laissé, que j’ai eu ça sans raison et que des fois c’est difficile à réaliser mais il n’y a juste à rien à faire à part vivre à nouveau et plus fort.

Je lui parle de mes projets d’aller voir mon copain aux USA et du problème de la couverture d’assurance puisqu’à présent je suis blacklistée de toutes les companies à cause de l’antécédent de cancer. Il me prescrit alors un antibiotiques à prendre en cas de fièvres à prendre dans la valise mais à priori c’est bon.

Trop cool!

Voilà, une bonne page de tourner!
Je peux à présent me projeter à nouveau, plus fort et vivre ma vie.

Quant à ce blog, je le garde pour la bonne et simple raison que, ne me rappelant déjà plus des traitements (mon cerveau semble avoir effacé tous ces derniers mois, c’est assez hallucinant), il sera là pour me rappeler à que j’ai tenu le coup et les promesses que je me suis faite ! Je ne le mettrais probablement plus autant à jour, mais je garde la liberté de publier quelques updates sur la repousse de mes cheveux, le retrait du PAC, ou sur les sujets qui me touchent ou des actions avec les associations dont je fais partie à présent!

Merci de m’avoir lu et plein d’amour pour vous <3

Pose de Port-à-cath

Mardi 23 Aout à 16 heures

J’ai posé mon Port-à-Cath.
Qu’est ce qu’un Port-à-Cath ?

La chimiothérapie s’effectue en injectant les médicaments (ou plutôt le poison) par voie veineuse. Seulement, faire des injections par pose de cathéters dans les bras, à la longue ca peut endommager les veines à cause de la toxicité de ces produits. Aussi, un des produits de la chimio brûle pas mal, ce qui peut faire que la chimio par injection dans le bras soit douloureuse et gênante.

Pour toutes ces raisons en plus de raisons sanitaires et infectieuses, le corps médical préfère la solution de poser un Port-à-Cath lorsqu’un traitement nécessite plusieurs séances de chimiothérapie.

C’est un espèce de petit boitier, avec une membrane fine sur le dessus pour permettre de piquer directement dedans (on appelle ça une chambre implantable), installé au niveau du haut de la poitrine. Il est relié à un petit tuyau cathéter qui lui est rattaché à la veine jugulaire ou sus-claviculaire, beaucoup plus grosse et résistante qu’une veine du bras. Tout le dispositif est situé sous la peau.

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La veille et le matin de l’opération, j’ai du faire des douches à la bétadine pour bien stériliser les régions de mon corps. C’est important car la chimio qui va suivre derrière va directement ébranler mon système immunitaire. Il est donc essentiel de prendre toutes les précautions pour qu’il n y ait pas d’infection post-chirurgicale.

Je me rends donc en salle d’opération. Juste avant, je suis placée dans un SAS, là où je croise le patient qui sort du bloc pour une pose de port-à-cath. Lui aussi a un lymphome et lui aussi commence un traitement de chimio le lendemain. Plus agé, dans les 45-50ans je pense. Un sympathique Mr. On discute. Je parle de la situation et de ce que je vis plutôt calmement, à tel point qu’il me demande

« Mais tu sais ce que c’est exactement ? Un lymphome … ? »

Je pense qu’il s’inquiète que je n’ai pas saisi la gravité de la condition. C’est vrai que si on dit lymphome et pas cancer, c’est facile de se voiler un peu la face. Mais oui, je suis bien informée et au courant. Je pense juste que tant qu’à passer par cette épreuve, autant garder la tête haute. En plus, si je peux passer pour une Warrior! C’est un bonus.

Arrivée en salle d’opé. Trois femmes. La musique à fond. Ambiance Rock’n’Roll. J’en oublierais presque que d’ici quelque minutes on va m’inciser la peau au scalpel. On me fait la piqûre d’anesthésie locale.

 

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Collection Automne-Hiver 2016 de la tenue de bloc. (Non sans déconner,  c’est quand même plus sympa que le vieux moche motif  de l’hôpital à Boston, ce Bleu nuît.) 

La chirurgienne et ses assistantes sont vraiment sympas. Elles me parlent, me demandent quelle musique j’aimerais écouter. J’ai jamais fais d’opération en anesthésie locale. J’ai un peu peur de sentir ou de paniquer. Mais elles me mettent en confiance à fond. Ça en serait presque agréable. Presque.

Elles me disent que finalement, au lieu de poser le port-à-cath à droite, moi je l’aurais à gauche.

A gauche ? Pourquoi à gauche ? Y’a le coeur à gauche, c’est pas dangereux?

« Tu as deja fais une opération à droite. Je préfère éviter d’opérer au même endroit car la structure anatomique peu avoir un peu changé suite à l’opération. Ne t’inquiète pas, le cathéter est posé dans la veine jugulaire, la même que ce soit à gauche ou à droite. »

On m’incise donc à deux endroits. Une incision sur le coté gauche du cou au-dessus de la clavicule pour la pose du cathéter dans la veine, et une deuxième en dessous de la clavicule un peu plus bas pour le boitier.

Elles s’aident de l’échographie pour voir si tout est bien au bon endroit.

La sensation est assez bizarre. Disons que je ne suis pas tordue de douleur mais c’est quand même assez perturbant et gênant comme sensation. Surtout que je sens que la chirurgienne pousse un truc sous la peau … Surement le cable qui relie la chambre implantable au cathéter.

On continue à discuter. La chirurgienne a fait une partie de ses études aux USA donc on discute des villes que l’on a le plus aimé. Puis d’un coup mon coeur fait un bond. Moi, qui fait souvent quelques petites crises de tachycardie, et pour lequel mon cardio m’a dit qu’il ne fallait pas spécialement d’inquiéter, je deviens paniquée.

Je sens que je suis peut-être en tachycardie là. Je sais pas, en fait je ne sens plus rien mais je panique. La sensation qui vient de ton corps et sur laquelle tu n’as pas d’emprise ni de pouvoir tu sais. Alors je leur dis

« Je .. je sais pas si je suis en tachycardie là.. Je me sens un peu mal.. »

Elle s’arrête donc deux minutes et l’assistante me prends le pouls. Je souffle un peu et puis je me sens beaucoup mieux. C’est dingue, juste le fait qu’elles arrêtent une seconde et que je sente que la situation est sous contrôle. Mon rythme cardiaque revient à la normale et je me sens mieux.
OK. C’est reparti pour finir cette chirurgie.

Finalement, cela n’a pas duré si longtemps. Une trentaine de minutes au max. Les soignantes étaient vraiment au top!

En sortant, je suis à nouveau dans le SAS. La personne qui me suit pour se faire poser le port-à-cath, c’est une femme d’environ 40 ans. Elle est en fauteuil roulant, je devine qu’elle est déjà assez affaiblie par sa condition.

Cancer du sein qui s’est métastasé. Elle débute la chimio dans deux jours. Elle me demande mon age. Il y a ce regard de compassion. Du genre, on se comprend. On sait que c’est dur et qu’il n y a rien de sûr ou de garantie, il n’y a que de l’espoir. Alors je lui souhaite de la chance et du courage en espérant la recroiser dans les couloirs de l’IPC.

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Je reviens dans ma chambre où mon père m’attend. On m’a posé un gros pansement compresseur type écharpe de Miss France. C’est assez drôle mais je ne vais le garder que 4-5heures, juste histoire d’éviter d’avoir un gros hématome!

De retour à la maison, c’est un peu douloureux quand les effets de l’anesthésie s’estompent mais supportable. La sensation d’avoir un tube dans le cou arrive, surtout quand je déglutis. Je m’en rappelle bien de cette sensation avec le drain qu’on m’avait posé il y a un mois! Hum.

Mais ca finit par passer aussi. J’essaie d’adapter ma façon de dormir de façon à ce que le port-à-cath ne gêne pas. (Eh oui à la base, je dors souvent sur le ventre mais là j’ai un truc bizarre sous la peau et dur. Je veux éviter d’appuyer trop dessus les premiers jours).

Je n’ai pas le droit non plus de mouiller mes pansements pendant une semaine. Donc je mets juste les pieds dans l’eau de retour à la maison.

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Rendu 10 jours après

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Bébés et psys

Lundi 22 Août, j’ai RDV à la Conception à Marseille.

C’est un hôpital spécialisé dans la gynécologie, la maternité et la procréation assistée.

J’ai RDV avec une gynéco spécialiste de  la fertilité et des impacts de la chimio sur le bon fonctionnement des ovaires.

Elle est jeune et sympathique et on commence à discuter.

Aux US, on m’a directement proposé un truc un peu fou (l’embryo congelé).
Elle m’explique que le lymphome de Hodgkins c’est un peu particulier, et que contrairement à d’autres cancers comme celui du sein, où le cancer en lui-même n’a pas vraiment d’effet sur les ovaires, le lymphome de Hodgkins lui, pause en quelque sorte le cycle.

C’est à dire que, sans même parler de chimio, un prélèvement d’ovocytes sera un peu plus complexe à réaliser que pour une personne lambda de même age et sexe, mais avec un cancer d’un autre type. Du coup, il est nécessaire de peser le pour et le contre avant de réaliser une opération de ponction ovocytaire pour pouvoir conserver les oeufs pour le futur.

Selon elle, une chimio ABVD de 4 mois vieillirait mes ovaires de 2 ans de plus. Sauf qu’à 26 ans, on a quand même un très bon stock ovocytaire et on est donc quand même très fertile. Donc, du moment qu’on attend pas d’avoir 35 ans pour faire des enfants, l’impact est « quasi-minime ».

Par contre, une chimio ABVD de 8 mois, là on aurait discuté voir s’il était nécessaire de réaliser la ponction. 6 mois c’est un peu mitigé..

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Ca me rassure un peu car moi, j’ai moyen envie d’ajouter encore une opération à mon calendrier.. et au moins je peux commencer la chimio immédiatement.

Aussi, me dit-elle, si jamais il y a un besoin de passer sur une chimio plus agressive, je devrais donc revenir pour consulter et voir quelles options s’offrent à moi. Bien sûr, on ne part pas dans cet état d’esprit là, mais elle me le dit juste pour que j’en sois informée.

Mercredi 23 Août, pendant ma 1ère séance de chimio dont je parlerais dans un autre post, une Psy est passée me voir.

La psy à l’institut Paoli-Calmettes, c’est un peu imposé direct pour les jeunes de 18-30ans. Mais c’est pas plus mal. Je pense que c’est pour éviter que des patients qui, pensant qu’ils vont bien et gèrent leur vie, ne pète un cable plus tard avec tous les non-dits. Disons que je le vois comme ça!
On est facilement très fier dans la vie et on refuse les mains tendus car on veut y arriver seul. Cependant, un cancer, c’est pas juste maintenant là un traitement et c’est fini. Je pense que si on ne prend pas le temps d’en parler, de s’informer et même de philosopher un peu, ca peut facilement te rattraper plus tard au niveau psycho.

Bref, je crois que vaut mieux prévenir que guérir et que moi je compte bien ne pas terminer dinguo!

La psy arrive dans mon box où je suis soignée. Elle se présente et elle me demande de me présenter à mon tour.
C’est vrai que ca fait un peu peur les psys.
Les premières minutes lorsqu’on rencontre une personne, c’est toujours particulier. C’est le temps qu’il faut pour se faire une première image de la personne que tu es. D’ailleurs, souvent très réduite et un peu à coté de la plaque je trouve car difficile de bien cerner une personne en une minute, mais on m’aura comprise!

Du coup là, je m’inquiète un peu de ce qu’elle peut penser de moi, et, j’essaie de répondre de façon posée en espérant qu’elle me considère saine d’esprit!

On parle de tout, des US, de ma famille, de mon copain.

On parle de l’annonce et des plans qu’il faut modifier car ce n’est plus possible. De la difficulté à dealer avec tout ça. Elle me dit que c’est totalement normal de se sentir prise au piège. J’ai pas choisi et j’ai le droit de me sentir comme je me sens actuellement.

Je lui raconte alors pour le blog, comment affronter le regard des gens, ma volonté d’être honnête et d’en parler aussi! De sensibiliser et de ne pas faire comme si de rien n’était. Elle me dit que c’est une super idée. Qu’un blog c’est un exutoire et que pour une personne comme moi, ca semble être le compromis parfait.

Je parle de mon désir de ne pas mettre mes études et ma carrière en pause. J’ai pas envie de fuir. Je veux rester comme je suis, me battre et continuer ma vie.

Je parle aussi de ma plus grosse angoisse: L’isolation. Rester malade, continuer les procédures, voir de moins en moins d’amis, de personnes. Ne pas avancer ma vie quand tous mes amis d’écoles débutent leur carrière. Que ultimement, je sois seule. Car tout le monde est occupé. Ce qui est normal, je l’aurais surement été aussi.
Moi, la turbulente et remuante jeune fille, toujours à prévoir et organiser de nouveaux trucs dans le futur car le présent c’est trop lent. Que voilà, maintenant, il ne me reste que ça, le présent. Et que le présent c’est très bien, pour plein de gens, mais moi j’ai pas l’habitude! Alors c’est toute ma façon de penser la vie qu’il faut changer. Car je ne veux pas passer à côté de ce qu’il me reste. Et que s’il ne me reste que aujourd’hui, et bah je le prends et j’en profite. Mais c’est pas facile.

14233372_10209303919208923_662829874_o (Mon doudou, cette star…)

 

J’en viens aussi à parler de mes parents. De comment c’est bizarre à 24 ans de revenir s’installer à la maison quand on l’a quitté à 17. Que quelque part dans mon inconscient, c’est comme si j’avais raté ma vie, j’avais fais quelque chose de travers et que je devais revenir sous les bras de ma mère.

Pourtant c’est agréable, c’est sûr, d’avoir ses parents qui donnent toute leur énergie et leur temps pour me faire plaisir, s’occuper de moi et m’aider. Je suis tellement chanceuse et je le sais. Je crois que quelque part au fond il y a ca aussi. Je sens que je ne mérite pas tout ça. Toute la chance et l’amour que je reçois. Je crois que j’ai le syndrome du survivant, alors même que je ne suis pas encore guérie.

Les larmes coulent. Surtout du soulagement car je sais que, la psy, c’est son rôle d’être là à écouter mes angoisses et les déclarations d’amour à la famille. J’ai pas besoin de me montrer forte et inatteignable. Juste à me montrer comme je suis. Et ca fait du bien. Oh oui.

Enfin, notre discussion se termine. Elle me dit que tout ce que je ressens, c’est tout à fait normal. Que je suis une personne NORMALE. Qu’elle va de ce pas parler avec ma mère, qui elle aussi, a besoin d’un support. Car c’est pas facile d’être la patiente. Mais c’est surement encore moins facile d’être la mère. (JE T’AIME MAMAN SI TU ME LIS)

J’avais jamais vu une Psy et c’était une très bonne experience.
Les psychologues de l’hôpital sont disponibles tout au long du traitement et je les recroiserais surement très bientôt. Ne serait-ce que pour les groupes de paroles.

 

 

Rencontre avec Oncologue et IPC

Jeudi 18 Août

Après quelques jours passés à revoir la famille et amis et déguster des bons petits plats et surtout le fromage, le vin et le saucisson (ca m’avait manqué! On a quand même la meilleure bouffe en France il faut dire), il est temps de revenir au sujet du moment: me soigner.

Ma mère et mon père tiennent absolument à m’accompagner tous les deux voir mon nouvel hématologue-oncologue (c’est long ce terme quand même) ! Il leur a été recommandé par pas moins de 3 copains médecins différents et il a 20 ans de métier alors autant vous dire que je suis entre de bonnes mains!

L’hôpital où il exerce s’appelle l’Institut Paoli-Calmettes à Marseille. C’est le grand centre régional de traitement contre le cancer de PACA (Provence Alpes Côte d’Azur .. j’espère que ca s’appelle toujours comme ça j’avoue que j’ai pas trop suivi les changements de nom de régions!)

La création de mon dossier médical est plutôt rapide. D’ailleurs en France, le cancer est consideré comme une maladie longue durée (bon moi j’espère qu’elle ne durera pas trop hein!) et du coup tous les traitements nécessaires sont pris en charge par la Sécu à 100%. ( c’est là que tu te dis quand même les gens ils se plaignent ils se plaignent mais moi j’ai jamais autant adoré la France qu’après avoir vécu à l’étranger pour apprécier tout ce que l’on a et que si peu d’autres ont!)

 

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12h. L’heure de rencontrer le nouveau docteur. BONJOUR! Il a une poignée de main ferme et une tête sympathique! Je sens que je l’aime bien déjà!
Pas comme celui des US, Dr Glamour (cf Dr Mark Sloan). Entre lui et moi ca avait viré un peu spécial… Ah oui je me rappelle maintenant pourquoi!

Accompagnée alors de mon copain pour le 1er RDV, celui-ci a abordé le thème de la stérilité. Seulement voilà pour l’aborder, ce n’était pas l’évocation en douceur façon je te donne du temps et quand tu es prête on discutera des options mais sache qu’il y en a, mais plutôt le bulldozer qui casse tout.

« Pour les risques de stérilité, le mieux ce serait que l’on procède avec un embryo congelé.

– Pardon ?

– (Tout en regardant tranquillement mon copain puis moi sans même savoir notre type de relation ni histoire) Eh bien, il suffit de vous enlever votre implant. De stimuler vos hormones pour lancer votre cycle d’ovulation. De faire un bébé en quelque sort et une fois l’ovocyte fécondé, on le prélève et on le freeze. C’est ce qu’on fait de mieux en préservation pour l’aide à la procréation. »

OK d’accord. Autant pour moi alors! Mais pas prête. Pour du glamour, ca ce n’en était pas!

Retour à nos moutons.
Nouvel oncologue.

L’air sympathique. Allez, on commence a discuter.

« Bon Sally, j’ai lu tout ton dossier. Mais je préfère que tu m’expliques de vive voix ce qu’il t’arrive. »

Alors je commence. La boule. Papa qui insiste. La fatigue. L’IRM. L’opération et la biopsie. Les cours. Le premier oncologue.

Ma mère me coupe et raconte. Des petits trucs pas importants. Bon, et elle enchaine. Et surenchaine. Bon, il va falloir qu’elle se taise à un moment. Maman. MAAAAMAAAAAN ! STOOOOOOOOP

« Maintenant, je veux le silence !

-…

-Voilà. C’est Mademoiselle la patiente, c’est Mademoiselle qui parle.  »

Ah décidément je l’aime bien ce docteur. Ma mère est gentille, mais alors elle et le stress ca fait deux. Quand elle devient incontrôlable, il faut bien s’avoir l’arrêter.

« Merci »

Alors il nous explique. Tu as un lymphome de Hodgkins comme tu le sais. Il est localisé sur plus de deux sites mais en haut du corps, donc c’est un stade II. Tu me dis que tu n’as ni un perte de poids de plus de 10% de ta masse corporelle, ni sueurs nocturnes, ni fièvres qui demeurent plus de 8jours. Ta vitesse de sédimentation est bonne.
Tu es ce qu’on appelle un cas  FA-VO-RABLE.
FAVORABLE.

« C’est à dire que toi, Sally, on part dans un état d’esprit où ta condition est localisée et où ton prognostique est très bon. On est donc très optimiste sur le fait que tu répondes bien à cette première chimio et que tu entres en rémission. Capiche? »

(Super ! Ca fait du bien de l’entendre même si ce n’est pas nouveau! Ca fait surtout du bien je crois pour mes parents de l’entendre, surtout ma mère. J’imagine que si il avait dit, vous êtes un cas DÉ-FA-VO-RABLE, c’est quand même une autre ambiance à la maison!)

 

Maintenant voilà, j’ai sous les yeux le rapport de mon confrère américain qui lui conseille un protocole de traitement par 6Cures de chimiothérapie type ABVD (6 mois soit 12 injections à raison de toutes les deux semaines).

Moi, je fais les choses différemment. Plusieurs recherches ont montré que les 6 mois de pure chimio marchent bien mais ce qui diminue fortement le risque de récurrence de la maladie dans les années qui vont suivre, c’est la radiothérapie. Alors je vais être très honnête avec vous. Car on fera ce que vous choisissez mais je vais un peu plus vous expliquer.

Dans le temps, la radiothérapie n’était pas encore aussi developpée que maintenant et malheureusement, il était impossible de cibler des petites régions du corps sans en affecter les organes périphériques. Ce qui entrainait, dans certains cas, des cancers secondaires à ces organes dans les années qui suivaient. C’était il y a 20-30 ans.
Maintenant, nous avons la technologie « In-Node » qui est capable de cible aussi petit qu’une groupement de cellules. Il y a toujours un risque.
Mais il est très petit.

En 20 ans de métier, j’ai du voir 50 Hodgkins par an. 40% sont des femmes. Donc j’en ai suivi environ 500. Sur ces 500 femmes, j’ai eu 3 cas de cancers secondaires, en particulier du sein. Moins de 1%.

« Ce risque existe! Mais il est faible. Très faible aujourd’hui. Après, si cela tombe sur vous, comment vous dire… C’est CON! Mais moi, je reste persuadé que la radiothérapie est un élément essentiel et incontournable dans le traitement du lymphome localisé pour consolider et diminuer les chances de récurrences. Si vous choisissez cette option. Celle que je conseillerais à ma propre fille. C’est 3 mois de chimio et 1 mois de radiothérapie. Je vous prends un RDV avec la radiothérapeute pour en discuter. Vous avez jusqu’à Octobre voir Novembre pour vous décider! La radiothérapie n’a lieu qu’une fois la chimio finie. »

Une fois le RDV fini, je me dirige donc au labo pour une énième prise de sang. Va falloir m’y habituer car je vais y avoir droit automatiquement à chaque visite, tous les 15jours! Faire 3 mois de chimio ce serait quand même bien plus sympa que 6, meme si la radiothérapie me fait un peu peur. On en discute avec mes parents et on se dit qu’on va prendre le temps de bien se renseigner!

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